1° STG - le biographique

Le biographique : Patrick Chamoiseau Enfance Créole tome 1 (1993)
Texte n° 1 : l’âge du feu - plan

3° séquence : Oeuvre complète Patrick Chamoiseau Enfance créole (1993)

Texte n°1 L’AGE DU FEU

La flamme dévastait tout. C’était miracle. Les toiles d’araignées flambaient comme pailles cannes. Les araignées elles-mêmes se divinisaient en étincelles filantes. Le négrillon, maître du feu, faisait place nette sous l’escalier. Soûlerie de tout détruire. Soûlerie de savourer l’énigme d’une araignée rescapée du charbonnage des toiles. Les araignées, bien que régulièrement flambées, se reproduisaient selon une loi qu’il aimât bien conserver à hauteur de mystère (...). Poussé par une pénurie d’araignées, il porta le feu chez les ravets et les fourmis. Des colonnes de fourmis hantaient sur les bouteilles quelque reste de sirop. Sous la flamme, elles perdaient leur invisible pasteur et demeuraient incapables d’une convergence durant un et-cetera de minutes. Les niches, elles, devenaient dek-dek, giclaient dans tous les sens et, surtout, dans les ténèbres d’une individualité restituée. Rien n’est plus délirant qu’une fourmi éjectée de son conditionnement collectif. Le feu seul détient cette capacité à frapper leur instinct et à les projeter en elles-mêmes, sur elles-mêmes, dans une sorte de système creux et de vide plein. Les ravets, eux, perdaient leurs ailes dans des crépitements, ou alors en retrouvaient un usage frénétique. L’enfant dut s’enfuir charge-fois de dessous l’escalier quand sa flamme, ayant pénétré un interstice peuplé, provoquait, après l’émoi des larves, un envol de klaclac taciturnes et de vénérables ravets rouges. Ils venaient l’assaillir au visage, le dégoûter de leurs pattes épineuses, et lui infliger l’offense indélébile de leur musc apeuré. Impossible de savoir le nombre d’allumettes consumées pour que les araignées se fassent rares, que les ravets émigrent vers les cuisines et que les fourmis s’enterrent sans disparaître. Le négrillon demeura seul avec son arme dévastatrice devenue dérisoire. Alors, il enflammait des bouchons de liège, des étiquettes de bouteilles, du plastique qu’il aimait voir se tordre. Un jour, il alluma une flamme pour elle-même, pénétrant alors, tout douce oui, dans la sérénité de l’âge magique du feu.


Chamoiseau Enfance Créole : texte n°1 - plan

(je veux montrer que) l’auteur recrée de l’univers enfantin, il montre sa fascination pour le feu. A. parce que le feu a « une puissance dévastatrice qui apparaît comme magique.(pourquoi magique ?) B.Fascination parce qu aussi l’enfant est fasciné par la beauté du feu qui transforme en êtres divins en astres magnifiques(« divinisaient ») qq chose de noir et dégoutant comme les araignées. Elles deviennent, en miniature, un spectacle céleste et merveilleux( .). Plaisir aussi de regarder la flamme brûler pour elle-même.(où ?) C. Fascination parce qu’ aussi la flamme lui fait découvrir sa propre puissance , lui le plus petit de la famille, celui qui doit toujours obéir et qui a besoin de protection. D’ou « soûlerie » la puissance qu’il se découvre va s’exprimer par la destruction : destruction (chap lexical et commentaire de ce champ lexical) mépris de la vie, insensibilité pour la souffrance d’êtres vivants. D. Fascination parce qu’enfin la découverte du feu lui fait découvrir le monde, et s’y intéresser. On voit sa curiosité. Va s’intéresser à des phénomènes minuscules qui sont à son niveau, des micros-phénomènes qui vont beaucoup l’occuper . Le texte est à l’imparfait, qui note l’habitude ou la répétition.

Tansition On voit donc que l’auteur en parlant de lui fait aussi revivre avec précision le comportement de tous les enfants Mais l’auteur ne se contente pas de la précision, il prend une distance avec l’enfant qu’il était.

Distance et humour vis à vis de soi-même.

A. Distance » qui se voit dans l’énonciation ; parler de soi à la 3° personne, c’est se voir comme autre, comme un étranger.

B. Et humour parce que « le petit négrillon » est vu d’abord comme un être préhistorique à « l’âge du feu » -passé lointain - époque transitoire entre deux périodes différentes, celle où il jouait aux allumettes, puis celle où il jouait avec les lames Gillette. - Mais ds un sens métaphorique, à cause la sauvagerie du comportement et de la fascination pour le feu, renvoie « le négrillon » à la préhistoire, à l’homme des cavernes, habillé de peaux de bêtes, fasciné par le feu et qui lui aussi découvre à travers lui sa propre puissance.

D’autres expressions renvoient d’ailleurs à la préhistoire : le maître du feu, portait le feu.

C. Humour aussi parce qu’il décrit un comportement de savant fou qui multiplie les expériences., expériences différentes selon les espèces observées/ les araignées , les ravets ou les fourmis. Comme un génocidaire (on parle de rescapé) qui vient à bout des espèces et se trouve obligé après avoir « fait place nette » à brûler n’importe quoi,

D. Humour enfin parce que cette terreur bat en retraite de la façon la plus lâche (...) au simple contact de petites « pattes velues » ou de qque sécrétion qui le salit.retournement de situation.

L ?"enjeu du texte est donc de faire revivre une période de l ? enfance où chacun de nous peut se reconnaître. P. Chamoiseau raconte de façon à la fois drôle et vivante et moqueuse sa passion enfantine, ses émerveillements, sa curiosité pour le monde mais aussi sa cruauté. Cette cruauté d ?ailleurs ne cessera de surprendre l ?adulte qu’il deviendra - il l ?avouera un peu plus loin ds le livre-, incapable de supporter la moindre violence faite aux animaux. Et ce changement de caractère justifie bien le fait de parler de soi à la 3° personne dans une autobiographie.